APEM RDC

L’ONG APEM effectue une mission scoping dans la Province de la Mongala et du Mai-Ndombe.

Derrière les activités d’exploitation forestière dans les provinces de la Mongala et du Maï-Ndombe, les communautés locales expriment des préoccupations concernant la gestion des ressources forestières, le respect des engagements sociaux des entreprises et leur participation aux décisions qui affectent leurs ressources.

Du 11 septembre au 2 octobre 2026, l’APEM a mené une mission de scoping dans ces deux provinces afin d’identifier les zones prioritaires d’intervention, de documenter les menaces potentielles pesant sur les droits des Peuples Autochtones et des Communautés Locales (PACL), et d’évaluer les conditions de déploiement du dispositif de surveillance communautaire ForestLink 2.

Les échanges avec les communautés, les organisations de la société civile (OSC), les chefs de terre et les services de l’environnement ont révélé plusieurs difficultés qui interrogent le contrôle des activités forestières, le respect des engagements sociaux et l’efficacité des mécanismes de recours.

A la  Mongala, des capacités contrôle doivent être renforcer

À Bobala et Yakata, dans la province de la Mongala, la mission s’est intéressée aux activités forestières associées aux concessions de COKIBAFODE et de BOOMING GREEN. L’un des principaux constats concerne les capacités limitées de l’administration forestière à assurer le contrôle des activités sur le terrain, confrontés au manque de moyens de mobilité et d’équipements. Les difficultés d’accès aux sites compliquent également les descentes de vérification et le suivi des alertes.

La mission a recueilli plusieurs allégations relatives aux pratiques d’exploitation, notamment des coupes présumées en dehors des limites autorisées, le dépassement des volumes de bois, le non-respect du diamètre minimum d’exploitabilité, la coupe d’essences non autorisées et la pollution des cours d’eau. Ces informations nécessitent des vérifications complémentaires par les services compétents.

Au-delà des opérations de coupe, les engagements sociaux des entreprises constituent une préoccupation majeure. À Yakata, la communauté a signalé que la clause sociale signée en 2012 n’avait pas fait l’objet d’un avenant signé depuis cette date et qu’aucun comité local de gestion fonctionnel n’était en place. À Bobala, des représentants communautaires ont affirmé que la clause sociale de 2024 avait été signée sans consultation préalable de la communauté

Ces situations soulèvent des questions sur la participation effective des populations aux décisions qui concernent leurs ressources, ainsi que sur le suivi des engagements relatifs à l’emploi local, la réalisation des infrastructures et au partage des bénéfices de l’exploitation forestière.

 Au Maï-Ndombe, des interrogations sur les engagements sociaux et l’accès à l’information

Dans le territoire d’Oshwe, la mission s’est penchée sur les activités de BOOMING GREEN, présentée comme le seul exploitant industriel actif dans la zone. À Iyembe, Ilanga Kole et Dongowa, les communautés ont exprimé des préoccupations concernant les réalisations de la clause sociale, la gestion des redevances coutumières et le manque d’informations sur les volumes de bois exploités.

À Ilanga Kole, l’équipe a constaté que l’école présentée parmi les réalisations sociales de l’entreprise reste inachevée, notamment en ce qui concerne le pavage et le tableau. À Iyembe, les communautés ont reconnu la construction d’un pont, tandis que d’autres engagements restent au centre des discussions locales.

Les échanges ont également fait ressortir un manque d’accès aux déclarations trimestrielles de production et aux informations permettant aux communautés de connaître les volumes exploités et de suivre les contributions attendues au Fonds de développement local (FDL). Des préoccupations ont aussi été rapportées concernant les redevances coutumières et la participation des chefs de terre aux négociations initiales des clauses sociales.

Sur le plan de l’emploi, des membres des communautés ont indiqué que les recrutements locaux demeuraient limités. Des tensions ont été rapportées autour de ces différentes préoccupations, allant jusqu’au blocage d’une route d’exploitation.

Par ailleurs, des allégations portant sur des coupes en dehors des assiettes annuelles de coupe, le non-respect des normes techniques d’exploitation et les conditions de traitement des travailleurs devront faire l’objet de vérifications approfondies.

Dans les deux provinces, les difficultés ne concernent pas uniquement les pratiques d’exploitation forestière. Elles concernent également la capacité des communautés et des organisations locales à documenter les faits, à transmettre leurs préoccupations et à obtenir une réponse des institutions compétentes.

Au Maï-Ndombe, les OSC rencontrées ont indiqué que plusieurs dénonciations transmises aux niveaux provincial et national étaient restées sans suite. Le manque de financement durable, les difficultés de déplacement, la faible connectivité et l’insuffisance des équipements limitent aussi les capacités de surveillance sur le terrain.

Dans ce contexte, le déploiement de ForestLink 2 constitue une opportunité pour renforcer la surveillance communautaire. Le dispositif doit permettre de mieux documenter les alertes, de collecter des éléments de preuve et de faciliter leur transmission aux acteurs compétents.

La mission recommande notamment de renforcer les capacités des communautés et des OSC en législation forestière, en documentation des infractions présumées et en suivi des clauses sociales. Elle préconise également d’adapter les outils de collecte pour couvrir les enjeux environnementaux, fonciers, sociaux, les droits des communautés, les conditions de travail et la gouvernance forestière.

Toutefois, la technologie ne suffira pas à elle seule. L’efficacité de ForestLink 2 dépendra aussi de la vérification des alertes, de leur suivi effectif, de la collaboration avec les autorités et de la protection des personnes qui contribuent à documenter les préoccupations.

Pour les communautés de la Mongala et du Maï-Ndombe, l’enjeu est clair : accéder à une information fiable, participer aux décisions qui affectent leurs territoires, voir les engagements sociaux respectés et disposer de mécanismes crédibles pour faire examiner leurs préoccupations.

À travers cette mission, l’APEM entend contribuer à une surveillance forestière plus participative et à une meilleure redevabilité dans la gestion des ressources naturelles, afin que les droits des communautés et la durabilité des forêts soient davantage pris en compte dans les activités d’exploitation forestière.

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