Kinshasa, 17 août 2026 – L’Action pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés (APEM-RDC) publie une nouvelle analyse intitulée « Synthèse technique des différences entre les cartes du domaine forestier de la RDC (2024 & 2026) », avec un focus particulier sur les concessions forestières d’exploitation industrielle et les concessions forestières de conservation.
Cette analyse comparative met en évidence d’importantes évolutions dans la configuration du domaine forestier de la République démocratique du Congo entre les situations cartographiques présentées en 2024 et en 2026.
Une forte progression des concessions forestières de conservation
L’un des constats majeurs concerne l’évolution des concessions forestières de conservation. Selon les données analysées par APEM-RDC, leur nombre passe de 18 concessions couvrant 3 875 858 hectares en 2024 à 71 concessions couvrant 17 682 695 hectares en 2026.
Il s’agit donc de 53 concessions supplémentaires et d’une augmentation d’environ 13,8 millions d’hectares affectés à cette catégorie.
Cette évolution pourrait, à première vue, apparaître comme une progression des superficies consacrées à la conservation. Cependant, l’ampleur et les caractéristiques des changements observés soulèvent plusieurs interrogations nécessitant des clarifications documentaires, administratives et juridiques.
L’analyse relève notamment l’apparition de nouveaux opérateurs dans la cartographie de 2026 et s’interroge sur les mécanismes d’attribution de ces concessions, leurs bases légales, leur traçabilité administrative ainsi que leur conformité au cadre juridique et réglementaire applicable.
Une diminution apparente des concessions forestières industrielles
La comparaison fait également apparaître une évolution inverse concernant les concessions forestières industrielles.
Leur nombre passe de 43 concessions couvrant 8 268 835 hectares en 2024 à 39 concessions couvrant 7 749 846 hectares en 2026, soit une diminution de quatre concessions représentant environ 518 989 hectares.
APEM-RDC estime cependant que cette diminution doit être interprétée avec prudence. L’analyse indique que certaines concessions industrielles ne figurant plus sous leur statut antérieur apparaissent désormais dans d’autres configurations, notamment comme concessions de conservation.
Il importe dès lors de déterminer si les différences observées résultent effectivement d’une réduction des superficies consacrées à l’exploitation industrielle ou plutôt de changements de statut, de transferts ou de réaffectations administratives des espaces forestiers.
Des questions de légalité, de transparence et de traçabilité à clarifier
Pour APEM-RDC, les différences observées entre les deux cartes ne devraient pas être considérées uniquement comme des variations statistiques ou cartographiques.
Elles soulèvent des questions plus fondamentales concernant les fondements juridiques des nouvelles affectations, les procédures d’attribution, la traçabilité des décisions administratives, la transparence du processus et sa conformité avec le cadre légal et réglementaire applicable au secteur forestier congolais.
L’analyse souligne notamment la nécessité d’une clarification institutionnelle concernant l’origine, le fondement juridique, le statut et les modalités d’attribution des 53 nouvelles concessions forestières de conservation recensées.
Cette clarification apparaît d’autant plus importante que certaines entreprises apparaissant dans les données de 2026 ne figuraient ni dans le poster de 2024 ni, selon l’analyse réalisée par APEM-RDC, dans les entreprises recensées dans le rapport de janvier 2024 relatif à la ré-visitation des titres forestiers.
APEM appelle à une vérification documentaire et institutionnelle
APEM-RDC considère que ces constats justifient une vérification documentaire, juridique et institutionnelle approfondie permettant de retracer l’historique administratif des concessions concernées et d’établir les actes ayant fondé leur attribution, leur transfert ou leur éventuel changement de statut.
Une telle démarche devrait permettre de déterminer avec précision si les évolutions constatées sont conformes aux lois et règlements en vigueur, au moratoire applicable aux nouvelles attributions de titres de production permanente ainsi qu’aux engagements de la RDC en matière de gouvernance forestière, de conservation et de gestion durable des ressources naturelles.
Il s’agit également de garantir que les informations contenues dans les référentiels cartographiques officiels puissent être reliées à des décisions administratives juridiquement traçables et accessibles aux parties prenantes.
Contribuer à un débat transparent sur la gouvernance du patrimoine forestier congolais
Par la publication de cette analyse, APEM-RDC entend contribuer à un débat public constructif, documenté et fondé sur les faits concernant les transformations en cours dans l’affectation du domaine forestier national.
APEM-RDC invite ainsi les administrations compétentes, les organisations de la société civile, les communautés locales et peuples autochtones, les partenaires techniques et financiers, les chercheurs et les autres acteurs du secteur forestier à examiner les constats présentés et à contribuer à leur clarification.
L’objectif est de promouvoir une gouvernance du patrimoine forestier national fondée sur la légalité, la transparence, la traçabilité, la participation des parties prenantes et la redevabilité publique.
Télécharger l’analyse complète :
Synthèse technique des différences entre les cartes du domaine forestier de la RDC (2024 & 2026) – Focus sur les concessions forestières d’exploitation (industrielles) et les concessions forestières de conservation.
APEM-RDC – Action pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés
Kinshasa, République démocratique du Congo

