Face à l’essor des activités minières dans le secteur Popoy, les communautés locales et les peuples autochtones pygmées s’organisent, questionnent les pratiques des exploitants et réclament le respect de leurs droits.
Du 27 juin au 6 juillet 2026, APEM a conduit une mission de sensibilisation, de documentation et de suivi de la mise en œuvre des engagements sociaux des entreprises minières dans le secteur Popoy. La mission a notamment ciblé les communautés de Babisé et Bangbo, confrontées à une présence croissante des activités minières.
À Babisé comme à Bangbo, les échanges ont révélé des préoccupations profondes concernant les effets des activités minières sur les terres, les forêts et les moyens de subsistance des populations.
Les communautés ont notamment évoqué les activités de la société Al for One Mining, accusée par les communautés de mener des opérations sans consultation préalable des communautés. Elles ont également fait état de préoccupations liées à la présence de militaires sur certains sites miniers et aux cas présumés d’extorsion, de mauvais traitements et de violations des droits humains.
À Bangbo, ces inquiétudes se sont exprimées avec la même intensité. Les participants ont questionné le respect de la consultation préalable et le rôle des exploitants dans la protection des droits des communautés et des peuples autochtones pygmées.
La mission a également permis de recueillir les informations des communautés sur la mise en œuvre des engagements sociaux pris par la société LIBELA Sarl.
Selon les représentants de la communauté de Babisé, plusieurs engagements prévus dans le cahier des charges restent à réaliser, notamment le traçage de la route de desserte agricole entre Panga et Banalia sur 144 km, la construction d’un bureau administratif du secteur Popoy, d’un centre de santé et de plusieurs établissements scolaires.
À Bangbo, le constat est toutefois plus nuancé. La mission a permis d’identifier plusieurs réalisations attribuées à LIBELA dans le cadre du cahier des charges, notamment des bâtiments scolaires, un bureau administratif et les travaux de construction d’un hôpital à Panga.
Ces constats montrent l’importance d’un suivi régulier, transparent et participatif des engagements sociaux, afin que les communautés puissent apprécier concrètement les réalisations et les engagements restant à mettre en œuvre.
Au cœur de la mission : le renforcement des connaissances des communautés sur leurs droits face aux exploitants miniers.
À travers une approche participative, APEM a sensibilisé les communautés locales et les peuples autochtones pygmées sur leurs droits, la consultation préalable, le Consentement libre, informé et préalable (CLIP), les mécanismes de documentation des violations et les possibilités de recours.
À Babisé, environ 40 participants, dont des femmes, des jeunes et des membres des peuples autochtones pygmées venus du village voisin de Mobo, ont pris part aux échanges. À Bangbo, l’intérêt manifesté par les participants a également témoigné du besoin d’information et d’accompagnement des communautés confrontées à la multiplication des activités minières.
« Nous venons de connaître nos droits en retard… maintenant que nous les connaissons, qu’est-ce qu’on peut faire ? » Cette interrogation, formulée lors d’une rencontre communautaire à Bangbo, résume à elle seule l’enjeu de la mission menée par APEM dans le territoire de Banalia, en province de la Tshopo.
Le chef de secteur Popoy a lui-même salué le travail d’accompagnement réalisé par APEM, estimant que les communautés commencent progressivement à prendre des initiatives pour dénoncer les situations préoccupantes et réclamer le respect de leurs droits.
Au-delà des questions juridiques, les témoignages recueillis font apparaître des impacts sociaux, économiques et environnementaux importants.
Des membres des communautés autochtones ont notamment expliqué que la destruction des forêts et le bruit des minières réduisent les possibilités de chasse et éloignent les animaux, fragilisant ainsi les moyens de subsistance des familles. Les communautés ont également exprimé leurs inquiétudes face aux conséquences sociales de cette transformation rapide de leur environnement.
Ces témoignages renforcent la nécessité d’une documentation régulière des impacts et d’un accompagnement juridique et communautaire rapproché.
Au terme de la mission, APEM constate que les communautés du secteur Popoy manifestent un besoin important de suivi et d’accompagnement pour faire respecter leurs droits et assurer le suivi des engagements sociaux des exploitants miniers.
Les recommandations issues de la mission appellent notamment à renforcer la veille communautaire, intensifier l’éducation juridique, assurer un suivi rapproché des cahiers des charges et porter les préoccupations des communautés aux niveaux provincial et national. Les communautés sont également encouragées à consolider leurs comités locaux de suivi et à privilégier les voies de recours légales.
À Banalia, l’enjeu n’est donc plus seulement de connaître ses droits. Il s’agit désormais de transformer cette connaissance en capacité d’action, de dialogue et de plaidoyer, afin que l’exploitation des ressources minières puisse se faire dans le respect des communautés qui vivent sur ces territoires.

