À Muanda, dans la province du Kongo-Central, des acteurs communautaires ont été formés à l’utilisation des outils de surveillance communautaire ForestLink afin de renforcer leur capacité à documenter, de manière sécurisée et structurée, les atteintes aux droits des communautés et les menaces qui affectent leur environnement.
Dans les communautés de territoire de Muanda, les enjeux liés à l’exploitation des ressources naturelles, à l’accès aux terres et aux moyens de subsistance constituent des préoccupations importantes. Face à ces réalités, la surveillance communautaire apparaît comme un moyen pour les communautés locales de mieux faire entendre leurs préoccupations et de contribuer à la documentation des situations observées dans leurs territoires.
C’est dans cette perspective qu’une formation des observateurs communautaires a été organisée à Muanda dans le cadre du système ForestLink 2, mise en œuvre avec l’appui de la Rainforest Foundation UK (RFUK) et en collaboration avec l’ONG APEM et les organisations partenaires locales ASF et CAADD, une formation axée sur la pratique et les réalités du terrain.
La formation a réuni des participants issus des communautés et des organisations locales appelés à jouer un rôle d’observateurs communautaires. Elle avait pour objectif de renforcer leurs connaissances et leurs compétences en matière de collecte, de documentation et de transmission des alertes.
Les échanges ont d’abord permis de revenir sur les principes de la surveillance communautaire et sur le rôle de l’observateur. Les participants ont été sensibilisés à l’importance de recueillir des informations de manière objective, de distinguer les faits constatés des témoignages et des allégations, mais également de préserver les éléments pouvant servir à vérifier une alerte.
Une attention particulière a été accordée à l’utilisation de l’application ForestLink Collect, l’outil numérique destiné à faciliter la collecte des informations sur le terrain. Les participants ont été accompagnés dans la prise en main de l’outil et dans la compréhension des différentes étapes nécessaires pour documenter une situation : identification du lieu, description des faits, collecte des éléments de preuve, prise de photos ou de vidéos lorsque cela est possible et transmission sécurisée des informations.
La formation a ainsi privilégié les exercices pratiques afin de permettre aux participants de se familiariser avec l’outil dans des situations proches de celles qu’ils peuvent rencontrer dans leurs communautés.
Au-delà de l’utilisation d’un smartphone ou d’une application, la formation a insisté sur la qualité des informations recueillies. Une alerte utile doit permettre de comprendre où, quand, quoi, comment et par qui la situation s’est produite.
Les observateurs ont ainsi été encouragés à renseigner les informations disponibles avec précision et à conserver, lorsque cela est possible et sans mettre les personnes en danger, les éléments susceptibles de faciliter la vérification ultérieure.
Cette approche est particulièrement importante dans un contexte où les communautés peuvent être confrontées à des difficultés pour faire remonter leurs préoccupations. La surveillance communautaire ne consiste donc pas simplement à signaler une situation, mais à contribuer à la constitution d’une information suffisamment fiable pour permettre son analyse, sa vérification et, le cas échéant, son suivi auprès des acteurs compétents.
Cette logique correspond à l’approche de ForestLink 2, qui repose sur une chaîne allant de la collecte à la vérification, puis à la transmission et au suivi des alertes. Les besoins identifiés dans d’autres zones d’intervention montrent également l’importance de renforcer les compétences des observateurs en législation, documentation des infractions, conservation des preuves, géolocalisation et suivi des alertes.
La protection de l’identité des sources, la confidentialité des données et l’évaluation des risques avant toute collecte constituent des éléments essentiels du travail de surveillance communautaire.
Cette dimension est d’autant plus importante que le système ForestLink 2 prévoit le renforcement des capacités des communautés et des organisations de la société civile en matière de sécurité, de plaidoyer et d’actions juridiques.
Au terme de la formation, les participants disposent de nouvelles connaissances pour contribuer à la surveillance de leur environnement et à la documentation des préoccupations exprimées par leurs communautés.
L’objectif n’est pas de transformer les observateurs communautaires en agents de contrôle, mais de leur permettre de devenir des acteurs de veille, capables de recueillir et de transmettre des informations utiles dans le respect des principes de sécurité, de confidentialité et de fiabilité.
À Muanda, cette dynamique ouvre ainsi la voie à une surveillance davantage portée par les communautés elles-mêmes. Elle permet également de rapprocher les outils numériques des réalités quotidiennes des populations qui vivent au plus près des zones affectées par les activités économiques et les pressions exercées sur les ressources naturelles.
La formation constitue une étape importante, mais elle ne représente que le début du processus. Pour que les acquis soient durables, les observateurs auront besoin d’un accompagnement régulier, d’équipements adaptés, d’un mécanisme clair de traitement des alertes et d’un retour d’information sur les suites données aux signalements.
À Muanda, les observateurs communautaires sont désormais mieux préparés à jouer leur rôle de sentinelle de leurs territoires. À travers ForestLink 2, leur engagement contribue à faire de la technologie un outil au service de la participation citoyenne, de la protection des droits et de la défense de l’environnement.
Parce que les communautés sont les premières témoins des changements qui affectent leurs territoires, leur donner les moyens de documenter, d’alerter et de suivre les préoccupations constitue une étape essentielle vers une gouvernance plus transparente et plus responsable des ressources naturelles.

